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Roger, quadragénaire, s’installe six semaines à Los Angeles, dans la splendide demeure de son frère qui part en vacances avec sa famille au Vietnam. Chargé de garder la maison et le chien, le héros peut aussi demander de l’aide à l’assistante personnelle qui se fera un plaisir de ramener un sandwich ou de retrouver un médicament ! Car Roger est l’antithèse de son frère : célibataire, sortant d’un séjour en hôpital psychiatrique, affublé de tocs, menuisier, refusant de conduire, il s’est tout simplement donné comme objectif de ne rien faire.

Au cœur d’une ville qui prône la richesse et la célébrité comme critère de réussite sociale, une ville où il n’y a pas toujours de trottoir partout parce que tout le monde est censé se déplacer en voiture, une ville superficielle, hyperactive et hypocrite, Roger déteint franchement. La norme est ainsi questionné mais toujours avec légèreté et finesse, presque avec tendresse, évitant le mélodrame et la comédie goguenarde : névroses, tocs, fêtes plus ou moins ratées… rien ne blesse vraiment le spectateur... On y constate ce qu'on vit, sans rien décider.

Sauf dans le dernier regard, le dernier plan...

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On y parle finalement de la difficulté d’accepter une vie qui est si loin de celle dont on rêvait, de la difficulté d’oser faire un bilan de sa vie, avec honnêteté, de retrouver le courage propre à la jeunesse pour construire sa vie, de prendre enfin de la distance avec un amour de jeunesse qui nous hante toujours ou avec un ami qui n’est plus celui d'antan, et enfin d’oser aimer.

Roger tente avec peine de vivre dans ce monde qu’il trouve désenchanté tandis que Florence, la vingtaine, avec son petit ventre rond, ses épaules affaissées, son gilet en laine, large et démodée, Florence, déjà désabusée, cherche à enchanter sa vie (elle chante et aime sans peine), sans superficialité. Et si c’était plutôt ça réussir sa vie ? En tout cas, ces deux-là ne pouvaient que se rencontrer !

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A leur image, le film ne s’encombre pas d’artifices. Cela peut d’ailleurs être très déstabilisant : on est surpris, comme les acteurs, par l’ennui au cœur de L.A. et on se demande dans quel film on s’est embarqué. On les regarde tenter de vivre :  tenter de sortir au bar, de passer un coup de fil, de faire l’amour… Mais nous ne pourrions peut-être pas comprendre les personnages si le film ne se mettait pas ainsi à leur service !

La scène finale est simple mais intense, proche d’une authenticité recherchée tout au long du film. Elle surprend par l'irruption d'un regard enfin décidé à aimer et à être heureux. Voilà un romantisme soudain, un retournement qui cloue sur place, à faire pâlir d'envie les comédies les plus mielleuses et remplies d'artifices! 

Un des meilleurs films de l’année, sans hésitation.

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Greenberg, de Noah Baumbach, 2010, avec Ben Stiller et Greta Gerwig.